Le blog !

  • Retour de la normale

    C’est avec très peu de motivation ce matin que je suis allé au chantier. J’y suis allé très tôt, juste après avoir déposé Capucine. Le vent, le temps était gris, Il ne faisait froid. Rien pour se réjouir de ce côté-là. J’étais pas très motivé, mais sachant que la pluie allait arriver, je me suis dit que j’allais profiter de quelques heures avant qu’elle empêche tout travail extérieur. 

    Je me suis d’ailleurs dit qu’il était plus facile de de continuer ce dans quoi je me suis lancé, c’est-à-dire ce chantier, plutôt que d’essayer de tergiverser sur d’autres activités qui seraient peut-être plus adaptées suivant mon état physique ou suivant le temps extérieur. Et finalement, j’aurais passé beaucoup d’énergie à choisir autre chose en n’étant jamais très convaincu sûrement de mon choix et en ayant toujours l’impression que que je mets de côté ce chantier. Quelque part, j’étais content d’être là avec toutes mes plaintes. Et finalement, je me suis dit que les inconforts tant qu’ils sont entendus, restent juste des inconforts. Il n’y a rien à interpréter là-dedans. Et tant que je les vois, ça me rassure parce que je ne suis pas dans la fuite.

    Je remarque que quelque chose est devenu plus souple en moi, dans mon estomac. Mon estomac continue de crier parfois, mais c’est comme si les enjeux s’étaient calmés, comme s’il n’était plus dans le rouge. Je réalise ce chantier comme je réaliserais autre chose. J’avance, j’y met … un moins grand affect. J’ai l’impression que mes symptômes et mes problèmes se sont assouplis. Ce n’est pas confortable, mais j’ai l’impression que ce n’est plus problématique ni relié à un trauma. C’est à confirmer dans les prochains jours, mais c’est ce que j’ai l’impression de ressentir. Le corps se plaint toujours, mais on est descendu dans des seuils qui ne sont plus de l’ordre de l’alerte.

  • Fin de cycle

    Il y a eu beaucoup d’événements ce week-end et c’est assez fatigué que je me rends au chantier.

    J’y vais parce que c’est facile aujourd’hui, je n’ai qu’à poser les derniers bardeaux, la toiture n’est pas finie et je dois commander des planches.
    Je prends mon temps, les oiseux sont une compagnie formidable, pas besoin de musique.
    Je commence à préparer l’étape suivante, L’Osb. Mais il est presque midi et décidément mon corps n’a plus beaucoup de ressources. Je rentre.
    Cette après-midi je calcule les surfaces, les prix, les clous, les vis pour l’étape prochaine. Je me sens un peu malade et très fatigué. Une nouvelle période de grosses pluie s’annonce dans le ciel.

  • Le ciel est bleau.

    La nuit n’a pas été fameuse et c’est relativement fatigué que je suis arrivé sur le chantier ce matin. Soazig, m’accompagne, c’est un vrai plaisir de savoir qu’elle me soutient dans ce projet. C’est très agréable de travailler ensemble, on ressent du plaisir à ce que l’on fait et à être ensemble. Mon attitude de bricoleur dominant s’est vraiement esponpé, voire presque disparu. Je cherche le lien aujourd’hui plus que la perfomance. J’ai pensé sur mon toit aujourd’hui que c’est sans doute la distance la plus courante qui existe entre les hommes et les femmes :

    Les hommes pensent performance et les femmes lien

    Ce matin, on termine le premier pan de toit de la chambre et à 11h30, on commence le deuxième. Après un tout petit peu d’explication, notre équipe est très efficace. Je mesure, elle découpe, je place et en moins d’une heure, toute la rive le long de la noue est posée. Trois à quatre fois plus vite que quand je l’ai fait tout seul.

    je me pose quelque fois, en me disant « Je suis vivant avant l’action ». Ainsi je ressens mon vivant neutre, un vivant sans but, juste ici et maintenant. C’est grand et ça change vraiment tout.

    J’arrive plus facilement à calmer cette inertie du « faire pour exister« , Je me dis deux, trois mots, comme quand par exemple, il n’y a même pas à avoir peur du vide, vu qu’il n’y en a pas. Ou alors, t’inquiète pas, t’as pas besoin de ça pour exister.

    Cependant, ce matin, je sens qu’avec la fatigue de la mauvaise nuit et les questions qui se posent quant à l’organisation du travail pour la deuxième étape, mon corps stresse un peu. Mais quelque part, je suis content de comprendre le processus. de comprendre que une part de moi s’emballe un peu parce qu’elle a peur du manque de performance ou peur du vide. Je n’ai pas besoin de la corriger tout de suite, ni de la corriger tout court. Déjà la voir et la soutenir et l’accompagner, c’est déjà très bien pour moi.

    J’ai un sentiment d’excitation qui monte doucement parce que cette toiture se termine. Et c’était quand même une sacrée étape.

    Une étape qui m’inquiétait intensément.

    En plus du vertige, en plus du fait de d’être tout seul à gérer toutes les questions techniques qui se posaient de n’avoir personne sur qui m’adosser ou déléguer les responsabilités.
    Ça a été très lourd à mettre en place. Et finalement j’ai dépassé toutes les questions et tous les problèmes. J’ai réussi une toiture qui, je pense, est efficace, solide et assez jolie.

    Elle pourrait être un point de repère pour la suite. Me dire que même si il y a des peurs, des craintes, en agissant, j’ai toutes les capacités pour trouver les solutions nécessaires.

    Je suis retourné en fin d’après-midi après la grosse pluie. C’était merveilleux. Le ciel était bleu et j’entame la dernière ligne droite de l’entièreté de la toiture. Malheureusement, il va me manquer des planches, je vais donc commander ça avec le reste.

  • Le silence est là

    Je suis arrivé au chantier ce matin avec soazig, Il y a un peu de vent, mais on a eu un beau soleil. On avait très froid parce que le vent l’était. Elle m’a aidé à finir le pan principal, ce n’était pas évident de la voir dans le vent, tenir sur des bouts de bois fixes dans les bardeaux. 

    C’est un vrai changement que j’ai senti en moi ce matin. Un changement tellement important qu’il n’est pas facilement visible : J’ai senti que mon corps n’avait plus besoin de mots. J’ai observé beaucoup de silence dans ma tête ce matin tout en travaillant normalement dans les mêmes conditions que vendredi passé où j’étais très excité et très écrasé par cette part qui veut me faire exister. 

    Ce matin, c’est le calme qui réside principalement dans ma tête. Même la musique n’est plus nécessaire. 

    J’avance, je fais et ça ne me change pas ! 

    J’ai eu très peur d’y croire quand je l’ai senti et j’avais surtout peur de le regarder ce changement parce que j’avais très peur qu’il disparaisse ou que ça soit une chimère. Mais force est de constater que j’ai l’impression que c’est quelque chose qui s’est installé et qui a pris sa place. Un assemblage qui fonctionne mieux à l’intérieur de moi, plus simple, plus logique, plus naturel.

    Un autre changement important aussi qui a débuté hier, c’est que, une fois arrivé à la maison, je n’ai plus cette joie, cette excitation d’avoir avancé sur le chantier et les petits calculs qui tournent en boucle sur l’avancement du chantier.

    Ça paraît peut-être un peu dommage à première vue de ne plus avoir la joie en rentrant à la maison, mais en fait c’est un vrai soulagement d’être ou plutôt de ne pas être attaché à ce chantier pour avoir de la joie. Cette joie était trop présente à mon goût et quelque part gênante parce que c’était plus de l’excitation que de la joie et j’avais l’impression qu’elle prenait la place d’autre chose. En tout cas, aujourd’hui, je suis rentré à la maison et c’était peut-être plus dans le corps, plus quelque chose d’assez diffus que je ressens comme satisfaction d’avoir avancé, plus un soulagement d’avoir fait les étapes que j’ai fait aujourd’hui, plus qu’une excitation. Et ça fait beaucoup de bien d’avoir à nouveau ce silence à la place de mots.

  • Immense Bascule tranquille

    Ce matin, il fait gris mais très doux. Je quitte la maison un peu fatigué parce que Capucine nous a rejoint cette nuit un cauchemar aux voleurs s’est invité dans sa tête et ma nuit s’est arrêtée à 4h du matin.

    Pourtant, ce matin, je sens un vrai changement dans mon corps.

    , je sens enfin cette idée que j’existe en dehors de l’action, que j’existe en dehors du travail, que je suis un être vivant qui fait une action,

    Dieu soit loué de sentir cette sensation. J’ai l’impression et j’espère que c’est le début d’une sorte de libération, d’une sorte d’allègement, d’une sorte de soulagement.

    J’ai cru entrevoir en travaillant un moment où je sortais d’un état psychique compliqué, comme après avoir pris une drogue, on retrouve ses esprits et on sent à quel point le corps a été pollué. Et on en est un peu sonné. Si cette clairvoyance est juste, ça ne peut être que le début d’un moment tellement plus vivant et plus juste.

    En tout cas, ce matin, c’est un peu plus clair dans ma tête entre ce besoin de m’occuper et de travailler pour simuler d’être vivant et être simplement un être vivant qui travaille.

    L’après-midi

    En a cette fin d’après-midi, je me sens un peu sonné. J’ai vraiment bien avancé aujourd’hui sur le premier pan de la toiture de la chambre.

    j’ai réussi à ne pas trop me perdre, régulièrement je me disait que je vaux plus que ça, que même si c’est super chouette de couper des bouts de bois, je n’existe pas que dans la découpe de bois !

    Et cette pensée m’a permis de prendre quelques bouffées d’air, mais pas suffisamment que pour ne pas finir la journée un peu essoufflée. Mais était compliqué aussi de rester avec les petits oiseaux aujourd’hui, mais sans doute moins que vendredi. Il faut dire que le ciel bleu de cet après-midi me donnait des ailes.

  • Une rencontre

    Toutes les planètes sont alignées ce matin : il ne pleut pas (super rare), je suis en forme physiquement (le renforcement musculaire d’hier fait ses effets), Soazig est disponible la journée pour m’aider, j’ai préparé les bardeaux spéciaux. Tout est là pour pouvoir bien avancer sur le chantier. 

    Je sens en moi cette énergie, ce besoin de faire qui est à son apogée. 

    Il fait frais mais pas froid, le ciel est dégagé, on entends les oiseaux qui sont déjà de retour en cet mi janvier., c’est plus tôt que les autres années. 

    Pourtant je n’arrive pas facilement à rester avec ces douces sensations, quelque chose en moi prend sans cesse le lead, il calcule, mesure, déplace. Comme si un enfant changeait la radio à chaque fois que j’ai le dos tourné, et je prends du temps à chaque fois pour l’entendre. 

    Je suis hyper motivé, hyper content, j’aimerais aller encore plus vite, d’autant que soazig est là, j’ai envie qu’elle ai tout pour avancer. 

    Je me rend compte que cette joie n’est pas si naturelle, comme une part en moi sous coke, complètement dopé par les exercices d’hier et le beau temps. Cette part je la reconnais, je la voit maintenant, furtivement mais réellement et pour sans doute la première fois. 

    Depuis longtemps elle est comme un repère pour moi. Si je ne suis pas dans cet état de full power, je considère que je ne vais pas bien. Évidemment que beaucoup de nuance se sont insérés dans cette mécanique ces derniers mois, et pourtant ce matin j’ai failli encore me faire séduire par son enthousiasme ! 

    Elle est belle, tellement loyale et motivée. Pourtant elle ignore complètement que quand elle tourne comme ce matin, à plein régime , elle tourne toute seule. Elle ignore sans doute qu’elle fait cela pour sauver, détourner l’attention d’un enfant blessé, d’une tristesse, d’un sentiment de défaite ou d’inexistence. 

    Je me suis tellement identifié à elle depuis si longtemps, j’aime sa superbe, elle me donne cette impression d’être fort, efficace, puissant… 

    Mais malheureusement, sous elle, tout le monde est écrasé, peu ou pas respecté. Il n’y a que l’efficacité et la productivité qui compte. Elle est magnifique mais unidirectionnelle et totalitaire. 

    Je suis très heureux de l’avoir vue pour la première fois, je comprends enfin un peu son fonctionnement et son rêve. 

    Je suis ici et je t’ai vu. Je te propose petit à petit, par petit essais de relâcher les dents, je prends le relai. Je m’occupe du sentiment d’utilité et d’efficacité. Je serai là avec toi et je verrai comment je peux te soulager. 

    Avec soazig on a bien avance et presque terminé le pan du toit principal ouest.

    Je vais commencer la toiture de la chambre qui signera la fin du chantier toiture !

  • Une nouvelle présence qui disparaît

    Ce matin je me rend compte que, peut-être, je n’ai jamais vraiment pris conscience de l’ampleur de la responsabilité et du travail qu’implique la construction d’une maison, ou sa sa rénovation d’ailleurs.

    Je n’ai jamais pris conscience de l’ampleur des questions que cela suscite, des peurs que cela suscite, de l’attention que cela suscite. Je crois prendre conscience aujourd’hui que toutes ces inquiétudes existaient en moi tels des petits êtres souvent en détresse et ce, sans que je ne veuille trop le voir.

    Et tous ces etres, ont besoin d’être vus et se font sentir dans l’estomac.

    Aujourd’hui, je vous accueille, vous, toutes ces questions, toutes ces responsabilités, toutes ces envies de bien faire. Je vous accueille parce que ça fait bien longtemps que vous êtes seul. Et alors que vous voulez bien faire, vous êtes accueilli comme des gênantes, des poids, des lourdeurs. Mais vous êtes l’œuvre elle-même.

    Peut-être est-ce lié à cette prise de conscience, au soulagement d’une partie de mon inconscient mais ce matin, je me suis plus intéressé à mon environnement. J’écoute ces canards, je regarde ces toits. Je me sens dans le paysage, je sens le paysage.

    Cet après-midi est plus mitigé. J’ai eu presque tout le long des aigreurs à l’estomac. J’en comprends que je me suis fortement dissocié cet après-midi. Est-ce que je n’avais pas envie d’être là ? Est-ce que j’avais peur ? Est-ce que le voisin m’énervait ou le chien du voisin qui n’a cessé de m’aboyer dessus ? Je me sens plus pataud et plus raide que d’habitude. Pourtant, je suis fier, j’ai fini de placer et de fixer tout le pare-pluie. Et j’ai entamé la seconde moitié de la toiture principale. C’est très agréable, ça avance assez vite. Pourtant, mon estomac me dit que je suis parti loin de moi, que la distance où je suis parti est trop grande, que tout tire trop sur la corde. C’est un vrai mystère aujourd’hui de savoir ce qui se trame, quelles sont ces émotions qui ont besoin d’être entendues. Est-ce encore la lourdeur, le poids des responsabilités face à ce chantier ?

  • Touché présent

    Ce matin, je suis parti de la maison vers 9h30. C’est étrange, il ne pleut pas !

    À 10h30, j’ai rendez-vous chez Maurice pour passer à la toupie les derniers tasseaux pour le dernier pan de toiture que je dois réaliser.

    Je reste parler un peu avec lui et j’en sort touché, triste, dépourvu, sans doute parce que j’aurais voulu le convaincre de ne pas penser ce qu’il pense.

    J’ai remarqué ce matin, je remarque que depuis des années, Maurice tire toujours la conversation vers ce même sujet. En France, il y a beaucoup de gens qui profitent et il y a beaucoup de gens mal élevés qui abusent. Ce matin, je comprends que Maurice pense énormément à ça et j’essaie de lui dire que c’est une infime partie de la population et que dans cette population générale, il y a extrêmement beaucoup de gens très intéressants. Mais il semble pas l’entendre et ce matin, ça me rend triste. Ça me rend triste comme si on m’avait appris une mauvaise nouvelle. Mais quelque part, je suis content d’être enfin triste. Je suis heureux d’avoir pu être en lien avec Maurice, sans doute peut-être pour la première fois, et de m’être laissé toucher par ce qu’il raconte.

    J’ai commencé l’après-midi en allant chez Larivière pour acheter les quatre derniers mètres de parpluie qui me manquent. C’est dommage, il me reste un rouleau presque neuf, 71 mètres de parpluie en trop. C’est peut-être un signe pour dire qu’une autre cabane suivra…

    C’est la première fois que chez Larivière, je ne me pose pas de questions sur ma légitimité. Je ne suis pas en train de me battre avec ce que je crois être pour eux. Aujourd’hui, je suis juste quelqu’un qui vient chercher du parpluie. Et c’était agréable d’être simplement là. Je peux les regarder dans les yeux. Je ne pense pas, je suis là.

    Je rentre au chantier et je dépose le premier lai de pare pluie . Je m’étonne parce que je réfléchis beaucoup moins et mes gestes sont plus naturels. Je trouve des solutions efficaces sans y penser. Déposer le pare-puis n’a jamais été aussi rapide qu’aujourd’hui. C’était simple, efficace et pas du tout laborieux, comme ça l’a été à chaque fois.

    La fatigue se fait sentir, je prépare et découpe le bois pour demain et je m’arrête là.

    J’ai me suis mis régulièrement en lien avec mon estomac, rester en contact avec mon entièreté.

    Choisir de rester plutôt que de fuir en avant dans un chantier qui a comme but de me faire exister et me rendre heureux. .. lourde et vaine responsabilité ..

  • Le ciel est lourd, la peur du vide aussi.

    Il pleut depuis ce matin, Je quitte la maison vers 15h. J’ai un peu de mal à rester à la maison aujourd’hui. J’ai un peu besoin… d’une activité pour me sentir exister.

    Quand je suis arrivé au chantier, malgré la pluie, l’activité me sauve de l’inquiétude. Je sais que je vais le payer en fin de journée.

    Je m’accrochais un peu à l’activité. Ce qui m’a fait prédire que ce soir allait être un peu difficile dans l’estomac.

    Un certain moment, j’ai pu me dire cette fameuse phrase magique. « Faire ça ou autre chose »…

    Et à d’autres moments, j’ai pu… prendre un peu de recul, je suis moins accroché avec mes yeux à ce que je fais.

    Je suis resté deux heures et demie au chantier. Et là, je sens mon estomac qui… se rebelle. Je sens un peu d’aigreur. Ce n’est pas grave, je vais rester avec lui ce soir.

    J’ai terminé la moitié du toit est. Et j’ai essentiellement travaillé aujourd’hui sur… la finition de la charpente du deuxième pan de la chambre.

    La prochaine fois que je viens, je mettrai le pare-pluie de ce côté-là.

    La peur du vide, je n’ai pas envie de rentrer à la maison.

  • Sous la neige.

    Malgré un magnifique ciel bleu, malgré un paysage à couper le souffle, un paysage recouvert d’une belle couche de neige, malgré ces jours atypiques où collèges et écoles sont fermés, je vis un intense sentiment de frustration, comme un nuage noir qui s’est enveloppé autour de moi, parce que depuis maintenant plus de deux semaines, je me sens frustré de ne pas pouvoir avancer sur mon chantier. J’arrive à trouver des moments agréables, mais c’est vraiment étonnant comment le destin semble vouloir s’acharner sur la vexation. Quand je n’ai pas de temps libre, toutes les conditions sont là pour que je puisse travailler sur le chantier, et quand j’ai enfin du temps, soit il pleut, soit il neige, soit j’ai un enfant malade, et ça m’empêche d’aller sur le chantier. C’est frustrant. Aujourd’hui, j’ai pu m’échapper cet après-midi, pendant que Soazic gardait les enfants, mais sur le chantier, je voyais bien que ce n’était pas ça, évidemment. Je ne peux pas être bien si je suis dans la fuite. Alors j’ai préparé des barres d’eau, en me disant que ça pouvait toujours servir, et j’ai quand même eu l’impression de me trouver au cœur de la vie, là où ce n’est pas prévu, rien n’est prévu, mais on fait quand même ce qu’on peut, et du mieux qu’on peut, et finalement, c’est assez vivant.

  • Livraison de bois

    Le 19 septembre, ça sentait bon le Douglas dans l’allée qui mène à l’atelier de Théodore ! Et pour cause, ce joli tas de planche fraichement livré par la scierie Woodstone à Bain-sur-Oust destiné à réaliser la toiture en bardeaux.

    J’avais déjà réalisé une toiture en bardeau de Douglas pour notre petit gîte de l’oncle Edmond en octobre 2019.

    Une toiture en Douglas n’est sans doute pas aussi pérenne que de l’ardoise ou de la tuile, mais elle a l’immense avantage d’être légère, facile à poser, très jolie et originale (c’est important pour nous), très écologique et facilement modifiable esthétiquement (on peut tailler le bout de bardeaux de la manière qu’on veut).

    Sur le toit d’Edmond, je n’ai pas rencontré de grandes difficultés, les surfaces étaient planes, rectangulaire et la hauteur du toit peu importante.

    Chez Théodore, je suis passé au niveau supérieur de difficulté, c’est comme ça dans ma vie, dès que je sais faire quelque chose, il faut que je complique !

    La première difficulté est que les surfaces ne sont pas planes, car le rendu des pans seront soit légèrement concaves, soit légèrement convexe. En soit, ce n’est pas bien grave, mais je ne suis pas du tout sûr du résultat, surtout dans l’effet convexe, et je devrais peut-être réaliser des essais-erreurs pour trouver quelque chose de joli.

    L’autre difficulté, et pas la moindre, sera la réalisation de la noue. Une noue est cet endroit où la pente d’une toiture rencontre une autre. Chez Théodore c’est la pente du toit principal qui rencontre la toiture de la chambre, c’est-à-dire une pente concave qui rencontre une pente convexe…

    Je n’ose pas encore trop penser à sa réalisation… Je me renseigne doucement chez ceux qui ont déjà rencontré des noues dans leur vie, mais je n’ai pas encore embrassé totalement l’ampleur de la reflexion…

    Et enfin, cette toiture est haute, plus haute que celle d’Edmond. Je me soigne doucement de mon vertige, mais être là-haut reste impressionnant. Je compte sur l’apaisement qui viendra certainement avec le temps et l’experience.

    J’ai commencé à poser l’écran sous toiture, qui ajoute une sécurité face aux fuites.

    Je suis aussi allé chez Maurice pour passer les tasseaux à la toupie.

    J’ai hâte de reprendre ce chantier au retour des vacances.

  • Un toit orange

    En ce doux mois d’octobre, le chantier a repris chez Théodore.

    Dans le dessin original, le toit était entièrement recouvert de tuiles oranges. Celle-ci sont devenues rares et plutôt chères d’occasion, de plus elles n’auraient pas été adaptées à la forme concave de la toiture et les découpes difficiles.
    Cela n’a pas été un crève-cœur que de changer de matériaux, que du contraire ! J’ai opté pour les bardeaux de bois. C’est éco (lo et nome), original, ça sent bon quand on les coupe, c’est trop joli, on peut faire les forme qu’on veut, c’est facile à poser.. C’est adopté !

    Cependant, j’avais déjà acquis un lot de magnifiques tuiles mécaniques du début du siècle. Impossible de ne pas les utiliser. Mon choix a donc été de les poser sur le toit de la cuisine, originellement pensé en tôle.

    Dès le début, il m’a semblé important, voire primordial, voir inévitable, voire vital, de rester souple sur la créativité. Suivre le mouvement, accueillir les changements, les aimer.

    C’est donc ce toit qui a été mon terrain de jeu cette semaine. Comme beaucoup de tâches que je réalise ici, elle m’était encore inconnue. J’ai donc demandé conseil, et appliqué. Je me suis un peu planté dans l’équerrage, mais cela fait partie du projet… Original (pas si grave si ce n’est pas droit) et raisonné (par contre, pas question d’avoir des fuites dans 5 ans).

  • Vertige…

    Reconnexion au chantier – Lundi 2 juin

    Aujourd’hui, lundi 2 juin, j’ai retrouvé le lien avec le chantier.

    Depuis plus d’une semaine, quelque chose s’était distendu. Une sorte de distance s’était installée entre lui et moi. Comme si le fil qui nous reliait s’était relâché. Et je crois que j’ai compris pourquoi : au-delà de 2 mètres 50 de hauteur, je ne me sens plus en sécurité. La légèreté s’en va, le jeu s’arrête. Tout devient technique, anxiogène, verrouillé par les contraintes de sécurité. Et à cet endroit-là, je me retrouve figé.

    Les pannes à poser, surtout la panne faîtière, me semblaient insurmontables. Il fallait les assembler avec des pointes, installer des sabots… et je ne voyais pas comment avancer. Jusqu’à ce que, par hasard, je croise mon voisin. On discute, je lui parle de mes hésitations, de ma peur du vide. Il me rappelle qu’il a fait des études de charpentier autrefois, et me glisse qu’il n’a aucun souci avec le travail en hauteur — et qu’en plus, il a un peu de temps libre en ce moment.

    Alors, on se cale un rendez-vous pour ce lundi après-midi. Je prépare les échelles, un peu tendu à l’idée de ce qui m’attend. Mais à ma grande surprise, il monte sans aucune crainte, prend place là-haut, soulève avec moi la panne — plutôt lourde — et en à peine une heure, tout le travail en hauteur est terminé.

    Un immense soulagement m’envahit. Mais plus encore : je ressens un vrai rapprochement avec le chantier. Comme une réconciliation. La joie revient, l’envie de continuer. Dès le lendemain, j’ai pu commencer à poser les lambourdes de la future cuisine et dresser les premiers murs.

    Quelle joie de sentir à nouveau l’élan. Le chantier me rappelle à lui — et cette fois, je me sens prêt à y répondre.

  • Changer le Para… de Paradis… de Paradigme !

    Depuis 12 ans maintenant j’ai déjà géré 5 chantiers d’habitations, une prouesse pour un ex-ado fan de Guns’n’Roses, multiple redoubleur et pseudo-anti-système ! ). J’ai porté la responsabilité jusqu’à la réussite de ces 5 oeuvres. Beaucoup de souffrances, du labeur, de l’indigeste.. Le succès et la finalité était pour pour moi le principal objectif. Tais-toi et bosse…

    Aujourd’hui, curieusement, je n’ai pas vraiment envie que mes philosophes et conseillers stakhanoviste s’invitent sur le chantier. L’ambiance bloc de l’Est, même si il revient à la mode ne me va plus si bien que ça.. Un peu trop rétro à mon goût…

    Je ne me suis jamais trop penché sur la question de l’identité réelle du réel maitre d’oeuvre, celui qui dirige dans ma tête.. « Le maitre c’est moi et c’est tout » qui disait… Le para est là !
    Le chantier avançait mais les dégât sur le bonhomme aussi.. Alors je repassais après pour de la gestion de symptômes rien de plus. Pas d’analyse des causes pas de recherche d’un fonctionnement différent…

    Aujourd’hui, je cherche comment améliorer un peu l’ambiance des troupes neuronales, changer de régime intérieur, non vers plus d’autorité et de rigueur (pourtant c’est à la mode) mais vers plus de démocratie et d’apaisement.. Le Paradis..

    L’atelier de Théodore vient d’un élan réel du coeur, je suis heureux depuis le début de l’imaginer, de le planifier, d’en parler, de le commencer, .. C’est bien la vie qui porte Théodore, pas une obligation ou une nécessite.

    Pourtant, c’est une construction bien réelle, avec des tas de questions, de responsabilités, de mises en oeuvres, des questions encore, des doutes, des joies, des réussites. Pleins de trucs d’adultes qui font drôlement peur parfois…

    Je sais qu’un esprit créatif comme le mien invente une quantité de problèmes qui n’arriveront sans doute jamais, se met vite en panique quand il n’a pas de réponse à ses questions. J’ai appris récemment que ce sont des fonctionnements normaux du cerveaux, une stratégie de survie pour anticiper le danger et les étouffer dans l’oeuf. Mais soyons sincère, c’est encombrant quand il y a profusion et démesure dans l’anticipation !

    Est-il question de survie quand il s’agit de savoir par où faire passer la tranchée pour l’électricité ? Quelqu’un va mourir ? Qui va souffrir de la faim, du froid ou de malnutrition? Personne ? Bon alors, rien de grave ne dépend de l’itinéraire de cette tranchée ? Alors pourquoi tout cet affolement !

    Donc la priorité actuellement est de mettre en place des comportements qui soutienne l’élan initial, le petit mignon qu’on aime bien, celui du coeur. Le protéger, le chérir, le garder au plus près de moi. Parce que la menace de la panique est constante. La menace de l’esprit d’efficacité, de rentabilité, de ces mécanisme qui m’ont animé jusqu’ici dans mes chantiers ne sont plus nécessaire. Le Paradigme.

    Cette urgence de construire, cette pression due aux délais des banques, due à nos conditions de vie précaire sont aujourd’hui beaucoup moins présentes. Je peux remercier cette panique d’avoir si bien pris le relais quand j’étais fatigué de faire, elle m’a permis sans doute de mener tous ces chantiers jusqu’a leur terme. Je vais trouver une solution à cette tranchée, j’ai déjà traversé des questions et des problèmes plus grave avec succès, il y a des gens autour de moi pour me conseiller,…

    C’est un immense changement !

    Concretement ce sont des petiutes actions dans le quotidiens qui j’epsère donneront un air de légerté tant recherché par le contremaitre.. Jusque là, une journée de chantier ressemble à :

    Je fais tout ce que je peux pour avancer le grand chantier, j’avance, voilà, la journée de termine, j’ai avancé, je suis vanné, je tente de me détendre et demain je repart..

    Alors aujourd’hui j’ai ARIEL ! Avec sa nouvelle formule anti fatigue, les journées sont plus étincelantes ! Fini les coups de mou, l’énergie est infinie et plus besoin de s’embêter avec votre corps et ses limites !

    Mon Ariel, ça va être (entre-autre) des petits rituels journaliers.
    Si ça vexe madame rentabilité, je lui expliquerai que j’aimerais m’organiser différemment cette fois, que je décline l’invitation à ses services cette fois :

    • Une petite méditation matinale d’avant chantier de 10-20 minutes pour que le corps et l’esprit se dépose calmement.
    • Ecrire dans un carnet dédié les objectifs de la journée. Une manière de sentir que je garde le contrôle sur le déroulement de la journée, de voir que j’avance, de sentir le rythme du chantier.
      Je pourrai adapter et ajuster ces objectif tout au long de la journée et garder ainsi de la souplesse d’esprit.
      Cela permettra aussi de clore chaque étape avec tout le soin nécessaire avant de passer à la suivante : mieux vaut je pense 1000 minis chantiers souples, légers et échangeables, qu’un gros chantier informe et indigeste.
    • Faire de petites pauses durant la journées, juste pour s’étirer un peu, respirer, écouter les oiseaux… … et rassurer madame rentabilité qui fera sans doute son apparition..
    • En fin de journée s’arrêter un moment pour faire le point et intégrer les accomplissemnt, pour garder le positif en moi pour la nuit.
  • Hier on a rangé tout le petit bois

    Hier, avec mon gentil voisin, Pierre-Etienne, on a rangé tout le bois, enfin, tout le petit bois issu de la coupe des châtaigniers.

    Demain, on charge les troncs pour les emmener chez Maurice, pour les débiter en planche…