Ce matin, je suis parti de la maison vers 9h30. C’est étrange, il ne pleut pas !
À 10h30, j’ai rendez-vous chez Maurice pour passer à la toupie les derniers tasseaux pour le dernier pan de toiture que je dois réaliser.
Je reste parler un peu avec lui et j’en sort touché, triste, dépourvu, sans doute parce que j’aurais voulu le convaincre de ne pas penser ce qu’il pense.
J’ai remarqué ce matin, je remarque que depuis des années, Maurice tire toujours la conversation vers ce même sujet. En France, il y a beaucoup de gens qui profitent et il y a beaucoup de gens mal élevés qui abusent. Ce matin, je comprends que Maurice pense énormément à ça et j’essaie de lui dire que c’est une infime partie de la population et que dans cette population générale, il y a extrêmement beaucoup de gens très intéressants. Mais il semble pas l’entendre et ce matin, ça me rend triste. Ça me rend triste comme si on m’avait appris une mauvaise nouvelle. Mais quelque part, je suis content d’être enfin triste. Je suis heureux d’avoir pu être en lien avec Maurice, sans doute peut-être pour la première fois, et de m’être laissé toucher par ce qu’il raconte.
J’ai commencé l’après-midi en allant chez Larivière pour acheter les quatre derniers mètres de parpluie qui me manquent. C’est dommage, il me reste un rouleau presque neuf, 71 mètres de parpluie en trop. C’est peut-être un signe pour dire qu’une autre cabane suivra…
C’est la première fois que chez Larivière, je ne me pose pas de questions sur ma légitimité. Je ne suis pas en train de me battre avec ce que je crois être pour eux. Aujourd’hui, je suis juste quelqu’un qui vient chercher du parpluie. Et c’était agréable d’être simplement là. Je peux les regarder dans les yeux. Je ne pense pas, je suis là.
Je rentre au chantier et je dépose le premier lai de pare pluie . Je m’étonne parce que je réfléchis beaucoup moins et mes gestes sont plus naturels. Je trouve des solutions efficaces sans y penser. Déposer le pare-puis n’a jamais été aussi rapide qu’aujourd’hui. C’était simple, efficace et pas du tout laborieux, comme ça l’a été à chaque fois.
La fatigue se fait sentir, je prépare et découpe le bois pour demain et je m’arrête là.
J’ai me suis mis régulièrement en lien avec mon estomac, rester en contact avec mon entièreté.
Choisir de rester plutôt que de fuir en avant dans un chantier qui a comme but de me faire exister et me rendre heureux. .. lourde et vaine responsabilité ..
