Réconciliation

J’ai l’impression que j’ai enfin réussi à ouvrir le dialogue entre ces deux parts immenses qui se font la guerre depuis des dizaines d’années en moi. Et là où ça se ressent le plus, c’est sur ce chantier. D’un côté, on a une part travailleuse, intègre, très incarnée, une force motrice, en gros le corps. Et au-dessus d’elle, on a le centre de contrôle, des parts plus intellectuels, beaucoup moins incarnés, qui subtilement, et parfois pas subtilement, donnent des ordres et tirent tout le monde avec des tas de carottes. Elle veut absolument atteindre son but. et elle l’atteindra quoi que ça coûte au corps. Elle est fatiguée de ce corps faible, limité, limitant. Elle a tellement d’idées. Elle a besoin de savoir qu’elle n’est plus seule pour diriger. Et dans ce corps, il y a énormément besoin de… de reconnaissance comme des esclaves dans les soutes d’un bateau de guerre qui travaillent dans le noir, dans la sueur, et réclament de la reconnaissance en continu, très régulièrement, qu’on vienne prendre soin d’eux, qu’on vienne leur demander leur avis. Je crois que j’entre dans la plus grande réconciliation que je puisse… faire dans ma façon de fonctionner la plus grosse guerre qui est en moi depuis sans doute que je suis aux études, sans doute depuis que je me suis mis à travailler, sans doute depuis que j’ai essayé de tuer mes parents.